Demain est encore à venir

Dans quelques heures, tu fêteras (nous fêterons !) ta majorité. Ce premier soir de juillet 1997 le ciel avait pris une teinte rouge-orangé. Je me souviens m’être dit qu’il allait faire beau demain…

Depuis 18 ans, tu poses tes yeux bleus-verts sur l’immensité du monde. Ce monde que tu croques à la pointe de tes crayons. Ce monde-là que tu dessines avec la tendresse, la distance et l’humour qui t’accompagnent depuis que tu es en âge de raisonner.

Ce 30 juin, à minuit, tu vas passer d’ado à adulte en moins d’une seconde. Et je te l’accorde : la force symbolique de ce passage n’est plus vraiment. Depuis longtemps certains ados se comportent en adultes, mais l’inverse est aujourd’hui encore plus vrai.

Demain, il te faudra sans doute encore beaucoup de ce détachement pour supporter le monde tel qu’il est. De l’humour et du recul aussi. Ce sera parfois difficile, le chemin vers le bonheur est chaotique.

Mais ne t’excuse jamais de ce que tu n’es pas et sois toujours fière de ce que tu es et de ce que tu deviendras…

À 18 ans, demain est encore à venir.

Le fil de sa vie

Au crépuscule, elle avait cette peur panique de perdre le fil de sa vie.

Elle qui avait tissé celui de tant d’enfants perdus…

En l’accompagnant pour la dernière fois hier, j’ai songé à cette phrase de Martin Winckler * :

« Je ne partirai pas le cœur vide. »

Ce fut le cas pour elle.

Je le crois en tout cas.

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* En souvenir d’André : « J’ai consacré ma vie à des tâches utiles. J’ai beaucoup reçu en retour. Je ne partirai pas le cœur vide. »

Non-équation

Ne pas compter

Ne pas compter sa peine

Ne pas compter sur les autres

Ne pas compter ses heures

Ne pas compter pour l’autre

Ne pas compter pour des prunes

Ne pas compter sur ses doigts

Ne pas compter après l’autre

Ne pas compter sur la chance

 

À quoi ça sert les maths ?

 

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L’art du voyage

Je rêve d’une application. Un guide voyage qui n’en serait pas vraiment un. Un guide qui perdrait ses utilisateurs dans la ville ou la région pour laquelle ils l’ont téléchargée. Une application « Tourism and get lost » en quelque sorte. Qui aurait pour simple but de perdre en chemin le voyageur-visiteur. Pas forcément longtemps ou alors un temps défini par l’utilisateur lui-même.

Elle le perdrait dans les petites ruelles, sur les chemins sans balisages, les routes départementales bordées de poulaillers ou de bocages. Là où personne ne va. Là où aucun guide conventionnel n’envoie jamais parce que trop loin, trop pas ou pas assez si. Là où il suffit parfois de lever un peu les yeux du guide papier ou de l’écran pour découvrir une fenêtre, un clocher, un bâtiment atypique, une vue sur une vallée encaissée, un petit bourg déserté, un arbre tricentenaire, des murs de pierres sèches assemblées à la main… Des histoires, un passé, un présent, des vies. Ce qui fait la vie d’un lieu en somme.

Une appli qui nous obligerait à prendre le temps et à regarder (vraiment). Non pas ce que tout le monde voit, doit, ou veut voir (Tour-Eiffel, Big-Ben, Uxmal…). Non pas ce pour quoi tout le monde converge vers un lieu (ces bonnes ou mauvaises raisons d’aller là où là). Non pas la surface ou la première de couverture du guide, ce qui est bien (trop) visible parce que fait pour, ou devenu le produit d’appel d’une ville, d’une région, d’un pays.

Une application qui ferait également se rencontrer les gens, ceux qui se perdent entre eux ou avec ceux qui habitent et connaissent.

Plus j’écris pour le tourisme, plus j’y songe. Peut-être un peu par lassitude. Ou par envie de vacances, de voyages, de découvertes, d’intemporalité… Pour retrouver un peu, comme le décrit Thierry Paquot dans Le voyage contre le tourisme : « l’art du voyage ».

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Partir à Bruxelles…

Partir au petit matin pour Bruxelles avec l’immense envie de (re)découvrir une ville à taille humaine avec des habitants pleins de gentillesses. Une chose est certaine : à Bruxelles on flâne… On ne court pas entre deux musées (bien que ce soit possible avec plus de 100 musées dans la ville) mais on prend son temps. On flâne, le nez en l’air, pour découvrir la quintessence de la ville : son architecture éclectique, mélange d’art nouveau, d’art déco, de gothique… et éventuellement ses façades décorées de héros de BD.

Partir au petit matin pour Bruxelles en écoutant la radio. « Les nouvelles sont mauvaises » comme dit la chanson. Rejoindre la capitale de l’Europe et se demander ce qu’elle pourrait faire cette Europe pour toutes ces populations déplacées, menacées par la folie religieuse, par Ebola, par la famine… Y penser d’ailleurs (encore un peu) en arpentant les allées du gigantesque Parc du Cinquantenaire tout près des bâtiments du conseil de l’Union Européenne. Y penser (beaucoup) en passant devant le Musée Juif, fermé jusqu’en septembre et surveillé par deux gardes armés…

Partir au petit matin pour Bruxelles, avec la ferme intention de sortir des sentiers battus (des pavés piétinés surtout) et découvrir peut-être le cœur de la ville comme par exemple La Maison de la Bellone. Échanger avec un habitant et l’entendre dire combien les Français ne sont pas très appréciés ici : souvent trop arrogants, rarement contents, quelquefois désagréables et surtout intransigeants… D’ailleurs, il revient de Lisbonne où il vaut mieux se dire Belge que Français pour être accueilli à bras ouverts. « Mais moi j’aime tout le monde » ajoute-t-il.

Partir de Bruxelles et se promettre d’y revenir, pour tout ce qu’il reste à découvrir dans cette ville, capitale de l’Europe, capitale de la BD, capitale de la gaufre, capitale du chocolat, capitale de la culture… parce qu’il est toujours capital d’y revenir !

Quartier du Sablon - Bruxelles
Quartier du Sablon – Bruxelles