Marcher dans les embruns (sur les chemins de Bréhat)

Ne mentons pas, même en prenant le tout premier bateau (8 h 30), il semblerait que Bréhat en août, ou du moins ses sentiers, ressemble — pour certaines parties — à un couloir de métro aux heures de pointe.

Malgré tout, marcher sur les chemins de Bréhat reste l’expérience dépaysante que l’on espérait… A condition de choisir son itinéraire. Ou plutôt de ne pas choisir, mais de flâner au plus près de la côte, au plus proche des embruns.

À condition de prendre le contrepied du flot de visiteurs que déverse la navette à Port Clos. Et de faire sien l’adage de R.L. Stevenson qui veut que la destination ne soit pas l’important.

Parce que l’on veut bien faire les touristes (puisque l’on en est), mais point trop n’en faut. Lâcher les sentiers principaux, et les marcheurs en tongs, smartphones à la main (et parfois à l’oreille, nous faisant penser que même ici, ce cordon ombilical ne peut être coupé), et prendre les chemins indiqués sur le plan en pointillés.

On n’évitera pas la foule sur les P.I. (entendons Point d’Intérêt), mais nous cheminerons durant un temps comme si nous étions presque seuls, croisant de temps en temps quelques marcheurs ayant décidé comme nous de prendre les chemins de traverse-en-pointillés.

Et lorsque les embruns se transformeront en crachins puis en pluie, les capuches, chapeaux, et visages baissés (pour éviter la pluie) nous dispenseront même du « bonjour » requis entre vrais randonneurs*.

Marcher jusqu’à ne plus penser…

Panorama Île de Bréhat

 

* Le « véritable randonneur » se reconnait à son « bonjour », mais également à son équipement (chaussures de marche, sac à dos), et à son rythme de marche résolu qui imprime presque définitivement ses pas, là où il chemine.

Partir en Bretagne (y retrouver les mots)

À trop écrire, parfois, les mots s’évadent, s’esquissent, s’enfuient. Perdus dans les limbes des obligations (communiqués, communicants, communiquons) ils ne signifient plus que peu.

Même plus le plaisir de les utiliser.

Ni celui de les faire rouler, sous les doigts, sur le clavier, et même (même !) sur le bout de la langue.

Alors il faut partir pour les retrouver.

Partir, car préparer un départ, préparer un voyage, préparer ses vacances, c’est déjà redonner sens aux mots.

Lire et écrire ces vacances-là. Celles qui se profilent dans le Trégor et le Goëlo. Enfin…

La Bretagne en ligne de mire. Comme pour s’y retrouver. Et y retrouver les mots.

Le Trégor, nous apprend wiki, est une ancienne division administrative et religieuse de Bretagne.

Mais le Trégor, surtout, c’est la côte de granit rose. Le sentier des douaniers. Tréguier, Perros-Guirec, Lannion, Morlaix… Le comté de Goëlo, c’est Paimpol, Plouagat, Plérin… et puis l’ile aux fleurs, Bréhat.

S’y imaginer, déjà, marchant.

S’accompagner de livres. Le dictionnaire amoureux de la Bretagne (Yann Quéffelec), car tout voyage s’accompagne d’un dictionnaire amoureux lorsqu’il y a. Comme un doudou que l’on emporte, puis que l’on rapporte pour le poser dans la bibliothèque et se dire « oui, j’y étais ».

Et puis du Loti, forcément… reste à choisir lequel.

Et encore, parce que même si l’on ne part longtemps, il faut lire beaucoup pour être sûre de retrouver les mots : le voyage en Bretagne d’Armelle Lavalou.

Et s’accompagner d’un stylo. Et du carnet. Pour que les mots s’y retrouvent enfin. Et forment des images. Ces images-là, si belles, de la côte Bretonne.

 

Et oublier le clavier… un temps. Le temps des vacances.

Bretagne, bateau sur mer – CC0 Creative Commons – Pixabay – WillocqF

Voyage en Guadeloupe – Les Saintes

Dans le petit matin, nous nous pressons sur la marina de Saint-François. Certains jouent du coude pour être sûrs d’accéder au Graal : le pont supérieur. Nous partons pour une journée « aux îles ». La mer est d’huile, le temps, chiffon, semble toutefois nous promettre un grain durant ce voyage qui va durer près de deux heures.

Une fois la terre laissée au loin, le roulis fait peu à peu son œuvre. La centaine de passagers finit par se diviser en deux groupes bien distincts. Le premier regardant de biais (sans doute pour ne pas se faire voir) et avec un peu de condescendance (je l’avoue), les seconds qui, têtes penchées sur les sacs plastiques, tentent de réprimer leurs haut-le-coeur.

Il y a toujours une certaine jubilation à redécouvrir que l’on a le pied marin…

Il nous faudra presque une heure pour atteindre Marie-Galante qui sera pour nous un simple arrêt. Une heure durant laquelle résonnera dans ma tête la chanson des complices Souchon et Voulzy, me faisant songer que nous avons malheureusement bien les références de notre âge. Puis presque une heure encore pour rejoindre l’enclave bretonne des Antilles : l’archipel des Saintes. Nous voici à Terre-de-Haut, dans l’une des plus belles baies du monde. Le bateau vomit sa charge journalière de touristes qui se précipitent au cœur des ruelles pour louer un scooter ou une voiture électrique. Quelques courageux ou retardataires (puisque les autorités ont restreint, à raison, le nombre de scooters) se contenteront de leurs pieds pour visiter ce (petit) paradis.

Les Saintes sont en effet un territoire magique de par ses couleurs : bleu émeraude de la mer, vert pâle de la végétation et jaune-orangé et rouge des toits de tôle. Comme tous, nous découvrirons le plus haut point de l’ile : le morne du chameau, qui nous donnera vue sur la baie et ses bateaux. Et comme tous, nous découvrirons le fort Napoléon. Ce fort qui ne servit jamais en tant que fort défensif et qui ne passerait pas le tamis de la Cour des comptes s’il était construit aujourd’hui. Longtemps utilisé comme pénitencier il ne connut en effet aucun coup de canon puisque bâtit après la fin du conflit Franco-Anglais. Selon nos hôtes, l’intérieur et le petit musée qu’il contient n’ayant que peu d’intérêts, nous nous contenterons de faire le chemin de ronde (légèrement dangereux) et d’admirer la vue à 360° sur les iles des Saintes.

En repartant, 4 greluches filles dans une voiture électrique s’appliqueront à nous démontrer que la conduite sur route étroite et les cris de pintades sont indissociables pour une certaine partie de la population.

Après avoir ingurgité mangé un Agoulou, espèce d’hamburger composé de pain fourré de bœuf, saucisse, œuf, salade, tomates et emmental, proche de ce que ma grand-mère appelait étouffe-chrétien, la chaleur des Saintes semble encore plus difficile à supporter. C’est l’heure de la sieste et de la baignade. L’occasion également de constater que les jeunes Saintois font passer le temps à coup de rhum quand en métropole on lui préfère les prémix.

Le rhum est en effet présent partout et à toute heure en Guadeloupe et même dés les petits matins dans les bars sous la forme du « décollage » (le verre de rhum pris à jeun). C’est donc en rêvant d’un ti-punch désaltérant que nous reprendrons le bateau de 15h30 pour regagner Saint-François en plein cagnard (rappelez-vous le Graal du pont supérieur)…

Mairie Terre-de-Haut – Guadeloupe

Voyage en Guadeloupe

Reste le souvenir de la chaleur humide, celle qui nous a saisis lorsque nous avons posé le pied sur le tarmac de Pointe-à-Pitre. Celle que l’on retrouvera ensuite surtout lors des excursions dans la forêt tropicale de Basse-Terre, puisque nous sommes en vérité en saison sèche en Guadeloupe. La nature en porte les stigmates. Dans la région où nous allons loger (Saint-François en Grande-Terre) se succèdent les prés jaunis par le soleil et les arbres déplumés sur lesquels repoussent seulement quelques toupets de feuilles vertes.

Une seule fois, après une averse un peu plus violente que les autres, nous connaitrons dans la maison les 90 % de saturation ressenti à notre arrivée. Les averses pourtant quasi quotidiennes ne mouillent qu’à peine le sol de la Grande-Terre où ne coule aucune rivière. Nous apprendrons d’ailleurs que pour pallier le manque d’eau, les autorités locales organisent régulièrement des coupures sur le réseau. Pourtant et étonnamment, très peu de maisons semblent équipées de récupérateurs d’eau de pluie. Mais comme je le constaterai plus tard et autrement, l’écologie et la gestion des ressources naturelles semblent loin d’être une priorité en Guadeloupe.

Arrivée le lendemain du premier tour des départementales, mon second étonnement viendra de la façon un peu particulière et somme toute amusante dont font campagne les candidats et leurs équipes. Si bruyamment que j’en arriverai à excuser les vociférations de certains ténors métropolitains. En Guadeloupe la campagne électorale semble en effet être le reflet de la vie : sonore et en plein air. Chaque équipe, munie de pick-up chargés de 3 ou 4 baffles à faire pâlir d’envie n’importe quel groupe de hard débutant, sillonne les rues et les routes du canton, hurlant (pour si jamais la puissance des baffles ne suffisait pas) les griefs et les reproches à l’encontre de l’équipe adverse. Les discours sont bien entendu entrecoupés de plages de zouk et sans doute (mais restant à prouver) d’arrêts stratégiques, la benne du pick-up regorgeant également de chaises en plastique blanc. Quant aux affiches, elles sont généralement collées haut, et même très haut. Nous en avons déduit (peut-être un peu rapidement) que c’était pour en empêcher l’arrachage. Une seule chose nous rapproche de la métropole : les acronymes utilisés. Là-bas aussi, l’UMPS semble être rentré dans le langage électoral…

Mais bien d’autres étonnements, surprises et beaux souvenirs viendront de ce séjour sur cette terre riche en histoire et traditions et nommée quelquefois, à tort, mais si joliment : Karukéra

Pointe des Châteaux - Saint-François - Guadeloupe
Pointe des Châteaux – Saint-François – Guadeloupe