Littoral (Bretagne – Théâtre du Peuple, Bussang, Vosges)

Le lien était tout fait… entre le départ et l’arrivée. Entre les Vosges et la Bretagne.

Le littoral comme fil conducteur.

Celui de Wadji Mouawad mis en scène par Simon Delétang au Théâtre du Peuple de Bussang (Vosges) avant le départ. Une séance comme une rencontre.

Ce que devrait toujours être le théâtre, l’écriture.

Se reconnaître (soi) dans cette recherche d’origine (rêvée ou véritable), dans cette quête de soi, de l’autre… Pleurer, devant cet homme qui transporte le cadavre de son père (son histoire propre) au rythme d’une mise en scène enlevée, au rythme des rencontres… La profondeur d’un texte dont la mise en scène renvoie à ce vide (intérieur).

Et puis partir à des centaines de kilomètres. Marcher enfin (sur ce littoral breton). Y retrouver comme l’essence de ses origines (rêvées), un « soi » qui nous renvoie au moi.

Marcher longtemps.

S’amuser de ces randonneurs aux sacs à dos équipés d’attaches à « bâtons de marche », ces résurgences de cannes de nos grand-mères à la sauce marche nordique (les nordiques marchent-ils vraiment si vite ?) Croiser sur le « sentier des douaniers », remis au gout du jour, des marcheurs aussi divers que la population que l’on croise sur les marchés bretons : jupes, tongs, chapeaux de paille…

S’amuser, marcher, ne plus penser…

Et se trouver bien. Comme à la fin d’une quête… celle d’un Littoral (intensément rêvé).

 

« À la croisée des chemins, il peut y avoir l’autre ! »   Wadji Mouawad — Littoral

Marcher dans les embruns (sur les chemins de Bréhat)

Ne mentons pas, même en prenant le tout premier bateau (8 h 30), il semblerait que Bréhat en août, ou du moins ses sentiers, ressemble — pour certaines parties — à un couloir de métro aux heures de pointe.

Malgré tout, marcher sur les chemins de Bréhat reste l’expérience dépaysante que l’on espérait… A condition de choisir son itinéraire. Ou plutôt de ne pas choisir, mais de flâner au plus près de la côte, au plus proche des embruns.

À condition de prendre le contrepied du flot de visiteurs que déverse la navette à Port Clos. Et de faire sien l’adage de R.L. Stevenson qui veut que la destination ne soit pas l’important.

Parce que l’on veut bien faire les touristes (puisque l’on en est), mais point trop n’en faut, lâcher les sentiers principaux, et les marcheurs en tongs, smartphones à la main (et parfois à l’oreille, nous faisant penser que même ici, ce cordon ombilical ne peut être coupé), et prendre les chemins indiqués sur le plan en pointillés.

On n’évitera pas la foule sur les P.I. (entendons Point d’Intérêt), mais nous cheminerons durant un temps comme si nous étions presque seuls, croisant de temps en temps quelques marcheurs ayant décidé comme nous de prendre les chemins de traverse-en-pointillés.

Et lorsque les embruns se transformeront en crachins puis en pluie, les capuches, chapeaux, et visages baissés (pour éviter la pluie) nous dispenseront même du « bonjour » requis entre vrais randonneurs*.

Marcher jusqu’à ne plus penser…

Panorama Île de Bréhat

 

* Le « véritable randonneur » se reconnait à son « bonjour », mais également à son équipement (chaussures de marche, sac à dos), et à son rythme de marche résolu qui imprime presque définitivement ses pas, là où il chemine.

Partir en Bretagne (y retrouver les mots)

À trop écrire, parfois, les mots s’évadent, s’esquissent, s’enfuient. Perdus dans les limbes des obligations (communiqués, communicants, communiquons) ils ne signifient plus que peu.

Même plus le plaisir de les utiliser.

Ni celui de les faire rouler, sous les doigts, sur le clavier, et même (même !) sur le bout de la langue.

Alors il faut partir pour les retrouver.

Partir, car préparer un départ, préparer un voyage, préparer ses vacances, c’est déjà redonner sens aux mots.

Lire et écrire ces vacances-là. Celles qui se profilent dans le Trégor et le Goëlo. Enfin…

La Bretagne en ligne de mire. Comme pour s’y retrouver. Et y retrouver les mots.

Le Trégor, nous apprend wiki, est une ancienne division administrative et religieuse de Bretagne.

Mais le Trégor, surtout, c’est la côte de granit rose. Le sentier des douaniers. Tréguier, Perros-Guirec, Lannion, Morlaix… Le comté de Goëlo, c’est Paimpol, Plouagat, Plérin… et puis l’ile aux fleurs, Bréhat.

S’y imaginer, déjà, marchant.

S’accompagner de livres. Le dictionnaire amoureux de la Bretagne (Yann Quéffelec), car tout voyage s’accompagne d’un dictionnaire amoureux lorsqu’il y a. Comme un doudou que l’on emporte, puis que l’on rapporte pour le poser dans la bibliothèque et se dire « oui, j’y étais ».

Et puis du Loti, forcément… reste à choisir lequel.

Et encore, parce que même si l’on ne part longtemps, il faut lire beaucoup pour être sûre de retrouver les mots : le voyage en Bretagne d’Armelle Lavalou.

Et s’accompagner d’un stylo. Et du carnet. Pour que les mots s’y retrouvent enfin. Et forment des images. Ces images-là, si belles, de la côte Bretonne.

 

Et oublier le clavier… un temps. Le temps des vacances.

Bretagne, bateau sur mer – CC0 Creative Commons – Pixabay – WillocqF

Une application pour parler aux morts

C’est un article publié sur le site rue89 qui conte l’histoire de Roman le ressuscité. Roman Mazurenko est décédé en novembre 2015, mais sa meilleure amie Eugenia Kuyda continue à échanger avec lui par SMS… De quoi bouleverser notre vision universelle de la mort et du deuil. Et renforcer la méfiance que certains nourrissent à l’égard de l’intelligence artificielle.

Et le disparu devint un bot

Roman Mazurenko a été renversé par une voiture à Moscou par une froide journée de novembre 2015. Un drame pour sa famille et pour ses nombreux amis. La mort brutale d’un proche l’est toujours, l’immortalité n’étant pas encore à l’ordre du jour. Sauf lorsqu’une amie, peut-être plus proche et sans aucun doute plus technophile, décide de faire revivre le disparu au travers d’un bot.

Il faut dire qu’Eugenia Kuyda n’est pas seulement la meilleure amie de Roman, mais également la CEO de Luka Inc. Cette startup a lancé en février 2015 une application disponible sur IOS. @Luka vous permet, si vous êtes américain, de poser des questions existentielles (l’adresse d’un restaurant, le temps qu’il va faire…) à un bot. Ou simplement de perdre passer votre, temps en lui parlant de tout et de rien. Un « Allo » de Google avant l’heure.

Mais @Luka vous permet maintenant ce qu’Allo n’offre pas encore : la possibilité de parler (uniquement en Russe ou en américain) à un mort. Le bot @Roman a été conçu par les ingénieurs de la startup. Son réseau neuronal nourrit des milliers de messages que le jeune homme a envoyés à ses amis durant des années. Le bot a donc appris à « devenir » le défunt.  

L’intelligence artificielle pour vivre après la mort

Roman répond maintenant depuis l’au-delà à ses amis et à sa famille. Eugenia reconnait converser avec lui au moins une fois par semaine, parfois plus après des fêtes un peu arrosées. Et si elle avoue que quelquefois, l’avatar numérique de Roman trébuche ou dit des choses insensées, Eugenia sait que son @Roman n’est que le début. Le début d’une autre façon de lutter contre notre finitude et surtout, contre la plus difficile à accepter : celle de nos proches.

Aujourd’hui déjà, les réseaux sociaux, les messageries, les boites mails regorgent de morts. Demain, ceux-ci nous répondront, pleureront peut-être avec nous et continueront à nous aimer comme nous continuons à les aimer. Du moins il nous plaira de le croire.

Est-ce « flippant » comme le surtitre Rue89 ? Le spiritisme de Victor Hugo l’était pour Juliette Drouet qui écrivait à son compagnon « je sens que ce passe-temps a quelque chose de dangereux pour l’esprit » à propos des tables tournantes. @Roman et ses petits frères bots à venir seront-ils dangereux pour les nôtres ? Où permettront-ils tout simplement à l’homme du futur de « penser la mort », « cette folle entreprise condamnée à l’échec » selon Jankélévitch ?

Pour aller plus loin : l’article de The Verge

Rédaction web en freelance : quels tarifs appliquer en 2016 ?

Et si les rédacteurs indépendants se mettaient enfin à compter ?

C’est un fait, nous sommes sans doute, pour la plupart, plus littéraires que comptables. Moi-même, je reçois régulièrement des mails demandant des conseils pour facturer tel ou tel travail de rédaction. Alors plutôt que de répondre à chacun, il me semble plus rapide de le faire ici. Et c’est bien connu, le temps c’est de l’argent…

Rédaction web : proposez le juste prix pour durer

Parlons peu, mais parlons bien. J’ai déjà expliqué, ici même, les raisons pour lesquelles la rédaction web devait être considérée comme un « véritable » travail et donc exigeait une vraie rémunération (et non une aumône). J’ai également déjà écrit ce que je pensais des plateformes rédactions et je n’ai pas changé d’avis après plus de 5 ans en freelance.

Ceci posé, il me reste à faire la comptable pour tenter d’aider, si je le peux, les futurs ou les déjà rédacteurs web qui viennent ici à la recherche des « tarifs de rédaction web ».

Parce ce que, que vous désiriez changer de métier, vous lancer dans cette for-mi-dable aventure de l’entrepreneuriat (merci, monsieur Macron) ou simplement commencer dans la vie active, peu importe. Tout ce que vous devez retenir, c’est que le niveau de rémunération que vous allez exiger, ou accepter, au début de votre activité, conditionnera la pérennité de cette dernière.

Je répète rapidement pour les deux ou trois dissipés du fond : vos tarifs détermineront la durée de votre petite entreprise.

Quand tout n’est qu’une histoire de seuil de rentabilité

Ou comment enfoncer une porte ouverte puisque cet adage est valable pour toutes les activités marchandes et tous les métiers.

Vous viendrait-il à l’idée de payer la saucisse de votre boucher sous son prix de revient sous prétexte qu’il débute ? Pourriez-vous, sans rougir, payer la baby-sitter moins cher que ce que lui coûtent ses frais de déplacement ? Et au final, accepteriez-vous d’être embauché en CDD ou en CDI bien en dessous du taux horaire minimum légal ?

Première nouvelle : si vous répondez oui à l’une de ces questions, vous êtes murs pour pondre des textes à  moins de 12 cts le mot et vous pouvez laissez tomber la lecture du mien pour vous mettre au travail.

Deuxième nouvelle : si vous avez répondu non aux trois questions, vous n’allez certainement pas accepter de gagner moins qu’un paysan chinois sous prétexte que vous êtes rédacteur freelance.

Et maintenant, place au calcul !

Prix de la rédaction : de l’importance de penser travail

(Où il est question de bonbons…)

La première erreur que font certains rédacteurs web indépendants et débutants est de réfléchir en terme de travaux et non de travail. Un travail se paye, des travaux se facturent. Et si vous ne voyez pas la différence entre les deux, essayez de songer à ce qui sépare le paquet de bonbons du bonbon vendu en vrac. Si ce dernier a une valeur relative et réelle moindre que le bonbon présent dans le paquet, c’est parce qu’il n’existe plus de coût d’emballage (donc moins de charges). C’est pourtant le même bonbon. Votre travail c’est le paquet de bonbons, vos travaux (réalisations) vos bonbons. Et si vous ne facturez que des bonbons en vrac à vos clients sans songer à faire payer l’emballage (vos charges), vos clients seront sans doute très heureux de vos sucreries mais l’activité de rédaction web ne deviendra jamais un travail pour vous.

Plusieurs éléments doivent donc entrer en ligne de compte lorsque vous calculez vos tarifs. Des charges et des frais qui ne viennent pas forcément à l’esprit de gens habitués à parler en termes de nombres de caractères ou de mots. Il s’agit de :

  • Ces moments où vous ne travaillerez pas : c’est-à-dire les moments que vous ne pourrez pas facturer. S’il peut vous paraître étrange de penser en premier à des moments de « vacances », tous les freelances savent qu’une toute petite partie de ce qu’ils font va pouvoir être portée en clair sur une facture. Tout simplement parce qu’aucun client n’acceptera de vous payer vos moments de veille personnelle, formation, prospection, contacts, travaux administratifs… pourtant indispensables pour un travail sérieux.
  • Ces charges auxquelles vous devez faire face : Cipav pour les micro-entrepreneurs (25,10 % moins si vous bénéficiez de l’Accre), de la taxe de formation professionnelle et de la CFE. Mais également vos frais professionnels : les achats de logiciels (au minimum un bon correcteur), les déplacements éventuels vers les clients ou les salons pros, la réalisation d’un site pro, le matériel, l’électricité, le manger du chat…
  • Vos charges de prévoyances : retraite (parce qu’il vaut mieux éviter de compter sur le RSI), maladie (pour la même raison), vacances parce que vous y avez droit (si, si !)
  • Votre petit bénéfice de fin d’année : parce que si travailler pour vivre et manger c’est bien, travailler pour réaliser quelque chose c’est mieux. Et pour réaliser quelque chose, il faut avoir la possibilité de développer votre entreprise (sans forcément courir après une licorne d’ailleurs). C’est à cela que sert le bénéfice en permettant d’investir. Mais vous pouvez aussi mettre votre bénéfice de côté pour vous plus tard, pour un voyage ou le vétérinaire pour le chat…
  • Votre précarité (eh oui !) : vous êtes entièrement à la disposition des clients et de leurs commandes. Ce qui signifie que vous allez connaître l’attente (non rémunéré) entre deux travaux, les clients qui du jour au lendemain n’ont plus besoin de vos services, et cela sans indemnités chômages ni indemnités de licenciement.

Tous ces frais doivent être calculés et intégrés à ce que vous facturerez à vos clients. Ce qui peut-être très difficile, surtout en début d’activité. D’où l’importance de vous faire conseiller. Pour les chômeurs, le gouvernement a annoncé la mise en place de conseillers « spéciaux » à pôle emploi. Je reste dubitative… cela me semble plus faire partie d’un plan de communication ultralibérale auquel. Un comptable professionnel est, me semble-t-il beaucoup plus approprié… un comptable qui sera en mesure de penser à ce que j’ai moi-même oublié ci-dessus.

Dernière chose : sachez que vous ne pourrez que difficilement rattraper une politique tarifaire trop basse. Parce que lorsque vous en êtes à ce stade, les clients ne vous emploient pas seulement pour votre formidable plume et votre talent à retenir le lecteur, ce dont je ne doute pas… mais surtout parce que vous leur fournissez un travail « à pas cher ».