Demain, c’est la rentrée

(Ou comment publier un article avec un titre marronnier)

Je n’ai, en définitive, que peu de souvenirs des veilles de rentrée de mon enfance. Je ne sais plus si j’étais heureuse de retrouver les bancs de l’école (qui étaient en vérité des chaises faites de traverses de bois reliées aux pupitres) ou plus surement mélancolique à l’idée de dire au revoir à ces espaces de temps libres et désœuvrés que sont les vacances.

[Début de la minute psy] Et si je ne m’en souviens pas, alors que bien d’autres moments de l’enfance moins marquants sont restés gravés en moi, c’est sans doute parce que j’ai depuis toujours une certaine incapacité à me relier réellement à mes émotions. [Fin de la minute psy]

N’étant plus écolière depuis fort longtemps, il y a déjà quelques jours que j’ai mis fin à ces fameux « espaces de temps libres ». Avec la satisfaction d’avoir pu, durant ces dernières vacances, oublier un temps les réseaux sociaux, mails et autres fils à la patte qui s’emmêlent jusqu’à finir par former un entrelacs si serré et si dense qu’ils nous (me) retiennent plus surement que des chaines.

Une déconnexion non pas motivée par un certain air du temps qui agiterait la planète start-up, mais un besoin réel, et vital en fin de compte, de s’éloigner de tout ça.

Et il y eut, cette année, une véritable mélancolie à rentrer. Non pas à cause des espaces de temps libres qui risquent de me manquer. Puisque, je le sais d’expérience, ceux-ci ne peuvent pas durer. Mais à cause des espaces de temps de travail qui s’annonçaient. Et de cette impression que l’insatisfaction ressentie ces derniers mois dans ce métier qui est le mien (écrire pour le web) ne s’était pas diluée, pour une fois, lors de ce temps de repos.

Quelques jours après la reprise. Il faut me rendre à l’évidence : écrire pour les autres m’ennuie (pour rester polie) le plus souvent au plus haut point. Ce n’est peut-être que passager. Ou peut-être pas.

J’ai envie d’autre chose. Que mes mots, mon écriture et mon maigre « talent » fassent sens. Qu’ils impliquent et m’impliquent. Quitte à vendre quelque chose par les mots, que ce quelque chose soit une idée, un concept, une association, une entreprise qui, à défaut de changer notre société, cherche au moins à l’améliorer.

Ne reste plus qu’à chercher et… à trouver.

Rails - Image décorative

 

Littoral (Bretagne – Théâtre du Peuple, Bussang, Vosges)

Le lien était tout fait… entre le départ et l’arrivée. Entre les Vosges et la Bretagne.

Le littoral comme fil conducteur.

Celui de Wadji Mouawad mis en scène par Simon Delétang au Théâtre du Peuple de Bussang (Vosges) avant le départ. Une séance comme une rencontre.

Ce que devrait toujours être le théâtre, l’écriture.

Se reconnaître (soi) dans cette recherche d’origine (rêvée ou véritable), dans cette quête de soi, de l’autre… Pleurer, devant cet homme qui transporte le cadavre de son père (son histoire propre) au rythme d’une mise en scène enlevée, au rythme des rencontres… La profondeur d’un texte dont la mise en scène renvoie à ce vide (intérieur).

Et puis partir à des centaines de kilomètres. Marcher enfin (sur ce littoral breton). Y retrouver comme l’essence de ses origines (rêvées), un « soi » qui nous renvoie au moi.

Marcher longtemps.

S’amuser de ces randonneurs aux sacs à dos équipés d’attaches à « bâtons de marche », ces résurgences de cannes de nos grand-mères à la sauce marche nordique. Croiser sur le « sentier des douaniers », des marcheurs-touristes aussi divers que la population que l’on croise sur les marchés bretons : jupes, tongs, chapeaux de paille…

S’amuser, marcher, ne plus penser…

Et se trouver bien. Comme à la fin d’une quête… celle d’un Littoral (intensément rêvé).

 

« À la croisée des chemins, il peut y avoir l’autre ! »   Wadji Mouawad — Littoral

Marcher dans les embruns (sur les chemins de Bréhat)

Ne mentons pas, même en prenant le tout premier bateau (8 h 30), il semblerait que Bréhat en août, ou du moins ses sentiers, ressemble — pour certaines parties — à un couloir de métro aux heures de pointe.

Malgré tout, marcher sur les chemins de Bréhat reste l’expérience dépaysante que l’on espérait… A condition de choisir son itinéraire. Ou plutôt de ne pas choisir, mais de flâner au plus près de la côte, au plus proche des embruns.

À condition de prendre le contrepied du flot de visiteurs que déverse la navette à Port Clos. Et de faire sien l’adage de R.L. Stevenson qui veut que la destination ne soit pas l’important.

Parce que l’on veut bien faire les touristes (puisque l’on en est), mais point trop n’en faut. Lâcher les sentiers principaux, et les marcheurs en tongs, smartphones à la main (et parfois à l’oreille, nous faisant penser que même ici, ce cordon ombilical ne peut être coupé), et prendre les chemins indiqués sur le plan en pointillés.

On n’évitera pas la foule sur les P.I. (entendons Point d’Intérêt), mais nous cheminerons durant un temps comme si nous étions presque seuls, croisant de temps en temps quelques marcheurs ayant décidé comme nous de prendre les chemins de traverse-en-pointillés.

Et lorsque les embruns se transformeront en crachins puis en pluie, les capuches, chapeaux, et visages baissés (pour éviter la pluie) nous dispenseront même du « bonjour » requis entre vrais randonneurs*.

Marcher jusqu’à ne plus penser…

Panorama Île de Bréhat

 

* Le « véritable randonneur » se reconnait à son « bonjour », mais également à son équipement (chaussures de marche, sac à dos), et à son rythme de marche résolu qui imprime presque définitivement ses pas, là où il chemine.

Partir en Bretagne (y retrouver les mots)

À trop écrire, parfois, les mots s’évadent, s’esquissent, s’enfuient. Perdus dans les limbes des obligations (communiqués, communicants, communiquons) ils ne signifient plus que peu.

Même plus le plaisir de les utiliser.

Ni celui de les faire rouler, sous les doigts, sur le clavier, et même (même !) sur le bout de la langue.

Alors il faut partir pour les retrouver.

Partir, car préparer un départ, préparer un voyage, préparer ses vacances, c’est déjà redonner sens aux mots.

Lire et écrire ces vacances-là. Celles qui se profilent dans le Trégor et le Goëlo. Enfin…

La Bretagne en ligne de mire. Comme pour s’y retrouver. Et y retrouver les mots.

Le Trégor, nous apprend wiki, est une ancienne division administrative et religieuse de Bretagne.

Mais le Trégor, surtout, c’est la côte de granit rose. Le sentier des douaniers. Tréguier, Perros-Guirec, Lannion, Morlaix… Le comté de Goëlo, c’est Paimpol, Plouagat, Plérin… et puis l’ile aux fleurs, Bréhat.

S’y imaginer, déjà, marchant.

S’accompagner de livres. Le dictionnaire amoureux de la Bretagne (Yann Quéffelec), car tout voyage s’accompagne d’un dictionnaire amoureux lorsqu’il y a. Comme un doudou que l’on emporte, puis que l’on rapporte pour le poser dans la bibliothèque et se dire « oui, j’y étais ».

Et puis du Loti, forcément… reste à choisir lequel.

Et encore, parce que même si l’on ne part longtemps, il faut lire beaucoup pour être sûre de retrouver les mots : le voyage en Bretagne d’Armelle Lavalou.

Et s’accompagner d’un stylo. Et du carnet. Pour que les mots s’y retrouvent enfin. Et forment des images. Ces images-là, si belles, de la côte Bretonne.

 

Et oublier le clavier… un temps. Le temps des vacances.

Bretagne, bateau sur mer – CC0 Creative Commons – Pixabay – WillocqF

Rédaction web en freelance : quels tarifs appliquer en 2016 ?

Et si les rédacteurs indépendants se mettaient enfin à compter ?

C’est un fait, nous sommes sans doute, pour la plupart, plus littéraires que comptables. Moi-même, je reçois régulièrement des mails demandant des conseils pour facturer tel ou tel travail de rédaction. Alors plutôt que de répondre à chacun, il me semble plus rapide de le faire ici. Et c’est bien connu, le temps c’est de l’argent…

Rédaction web : proposez le juste prix pour durer

Parlons peu, mais parlons bien. J’ai déjà expliqué, ici même, les raisons pour lesquelles la rédaction web devait être considérée comme un « véritable » travail et donc exigeait une vraie rémunération (et non une aumône). J’ai également déjà écrit ce que je pensais des plateformes rédactions et je n’ai pas changé d’avis après plus de 5 ans en freelance.

Ceci posé, il me reste à faire la comptable pour tenter d’aider, si je le peux, les futurs ou les déjà rédacteurs web qui viennent ici à la recherche des « tarifs de rédaction web ».

Parce ce que, que vous désiriez changer de métier, vous lancer dans cette for-mi-dable aventure de l’entrepreneuriat (merci, monsieur Macron) ou simplement commencer dans la vie active, peu importe. Tout ce que vous devez retenir, c’est que le niveau de rémunération que vous allez exiger, ou accepter, au début de votre activité, conditionnera la pérennité de cette dernière.

Je répète rapidement pour les deux ou trois dissipés du fond : vos tarifs détermineront la durée de votre petite entreprise.

Quand tout n’est qu’une histoire de seuil de rentabilité

Ou comment enfoncer une porte ouverte puisque cet adage est valable pour toutes les activités marchandes et tous les métiers.

Vous viendrait-il à l’idée de payer la saucisse de votre boucher sous son prix de revient sous prétexte qu’il débute ? Pourriez-vous, sans rougir, payer la baby-sitter moins cher que ce que lui coûtent ses frais de déplacement ? Et au final, accepteriez-vous d’être embauché en CDD ou en CDI bien en dessous du taux horaire minimum légal ?

Première nouvelle : si vous répondez oui à l’une de ces questions, vous êtes murs pour pondre des textes à  moins de 12 cts le mot et vous pouvez laissez tomber la lecture du mien pour vous mettre au travail.

Deuxième nouvelle : si vous avez répondu non aux trois questions, vous n’allez certainement pas accepter de gagner moins qu’un paysan chinois sous prétexte que vous êtes rédacteur freelance.

Et maintenant, place au calcul !

Prix de la rédaction : de l’importance de penser travail

(Où il est question de bonbons…)

La première erreur que font certains rédacteurs web indépendants et débutants est de réfléchir en terme de travaux et non de travail. Un travail se paye, des travaux se facturent. Et si vous ne voyez pas la différence entre les deux, essayez de songer à ce qui sépare le paquet de bonbons du bonbon vendu en vrac. Si ce dernier a une valeur relative et réelle moindre que le bonbon présent dans le paquet, c’est parce qu’il n’existe plus de coût d’emballage (donc moins de charges). C’est pourtant le même bonbon. Votre travail c’est le paquet de bonbons, vos travaux (réalisations) vos bonbons. Et si vous ne facturez que des bonbons en vrac à vos clients sans songer à faire payer l’emballage (vos charges), vos clients seront sans doute très heureux de vos sucreries mais l’activité de rédaction web ne deviendra jamais un travail pour vous.

Plusieurs éléments doivent donc entrer en ligne de compte lorsque vous calculez vos tarifs. Des charges et des frais qui ne viennent pas forcément à l’esprit de gens habitués à parler en termes de nombres de caractères ou de mots. Il s’agit de :

  • Ces moments où vous ne travaillerez pas : c’est-à-dire les moments que vous ne pourrez pas facturer. S’il peut vous paraître étrange de penser en premier à des moments de « vacances », tous les freelances savent qu’une toute petite partie de ce qu’ils font va pouvoir être portée en clair sur une facture. Tout simplement parce qu’aucun client n’acceptera de vous payer vos moments de veille personnelle, formation, prospection, contacts, travaux administratifs… pourtant indispensables pour un travail sérieux.
  • Ces charges auxquelles vous devez faire face : Cipav pour les micro-entrepreneurs (25,10 % moins si vous bénéficiez de l’Accre), de la taxe de formation professionnelle et de la CFE. Mais également vos frais professionnels : les achats de logiciels (au minimum un bon correcteur), les déplacements éventuels vers les clients ou les salons pros, la réalisation d’un site pro, le matériel, l’électricité, le manger du chat…
  • Vos charges de prévoyances : retraite (parce qu’il vaut mieux éviter de compter sur le RSI), maladie (pour la même raison), vacances parce que vous y avez droit (si, si !)
  • Votre petit bénéfice de fin d’année : parce que si travailler pour vivre et manger c’est bien, travailler pour réaliser quelque chose c’est mieux. Et pour réaliser quelque chose, il faut avoir la possibilité de développer votre entreprise (sans forcément courir après une licorne d’ailleurs). C’est à cela que sert le bénéfice en permettant d’investir. Mais vous pouvez aussi mettre votre bénéfice de côté pour vous plus tard, pour un voyage ou le vétérinaire pour le chat…
  • Votre précarité (eh oui !) : vous êtes entièrement à la disposition des clients et de leurs commandes. Ce qui signifie que vous allez connaître l’attente (non rémunéré) entre deux travaux, les clients qui du jour au lendemain n’ont plus besoin de vos services, et cela sans indemnités chômages ni indemnités de licenciement.

Tous ces frais doivent être calculés et intégrés à ce que vous facturerez à vos clients. Ce qui peut-être très difficile, surtout en début d’activité. D’où l’importance de vous faire conseiller. Pour les chômeurs, le gouvernement a annoncé la mise en place de conseillers « spéciaux » à pôle emploi. Je reste dubitative… cela me semble plus faire partie d’un plan de communication ultralibérale auquel. Un comptable professionnel est, me semble-t-il beaucoup plus approprié… un comptable qui sera en mesure de penser à ce que j’ai moi-même oublié ci-dessus.

Dernière chose : sachez que vous ne pourrez que difficilement rattraper une politique tarifaire trop basse. Parce que lorsque vous en êtes à ce stade, les clients ne vous emploient pas seulement pour votre formidable plume et votre talent à retenir le lecteur, ce dont je ne doute pas… mais surtout parce que vous leur fournissez un travail « à pas cher ».