Demain est encore à venir

Dans quelques heures, tu fêteras (nous fêterons !) ta majorité. Ce premier soir de juillet 1997 le ciel avait pris une teinte rouge-orangé. Je me souviens m’être dit qu’il allait faire beau demain…

Depuis 18 ans, tu poses tes yeux bleus-verts sur l’immensité du monde. Ce monde que tu croques à la pointe de tes crayons. Ce monde-là que tu dessines avec la tendresse, la distance et l’humour qui t’accompagnent depuis que tu es en âge de raisonner.

Ce 30 juin, à minuit, tu vas passer d’ado à adulte en moins d’une seconde. Et je te l’accorde : la force symbolique de ce passage n’est plus vraiment. Depuis longtemps certains ados se comportent en adultes, mais l’inverse est aujourd’hui encore plus vrai.

Demain, il te faudra sans doute encore beaucoup de ce détachement pour supporter le monde tel qu’il est. De l’humour et du recul aussi. Ce sera parfois difficile, le chemin vers le bonheur est chaotique.

Mais ne t’excuse jamais de ce que tu n’es pas et sois toujours fière de ce que tu es et de ce que tu deviendras…

À 18 ans, demain est encore à venir.

La piscine de mes voisins et le climat

Mes voisins font construire une piscine. Ou plutôt creuser : soyons précis. Une grande piscine qui a l’air d’occuper — à vue de nez — plus de la moitié de leur pelouse. Pelouse qui est déjà grande. Je dis ça pour que vous puissiez un peu imaginer la taille du bassin.

Mais j’en reviens à mes moutons : depuis que je suis le ballet des camions, je découvre que j’ai des voisins optimistes. Comprenez : il en faut de l’optimisme pour construire une piscine ici. Car même s’il peut faire très beau et très chaud dans les Vosges, je dirais qu’à vue de nez, une piscine comme celle-là doit atteindre un taux d’utilisation moyen d’un et demi sur douze (mois). Un peu plus si – ce qui me semble déjà plus raisonnable — elle est chauffée. Là, le taux d’utilisation doit atteindre grosso modo 2 mois ½ sur douze (comprenez que le reste du temps, vous aurez peut-être chaud dedans, mais très froid dehors).

Mais peut-être que je me mets le doigt dans l’œil et qu’il n’y a aucun optimisme dans cette démarche. Peut-être que cette construction n’est qu’une façon d’acter l’avenir de la planète. Vous savez : celle qui se dirige vers un réchauffement inexorable de son climat. Réchauffement climatique qui, dans les années à venir, ferait, si je suis mon raisonnement, pousser (ou creuser) de plus en plus de piscines au nord de la Seine. Un peu comme les pins d’Alep et les chênes verts qui survivent et se multiplient en remontant vers le nord.

Dire que je viens de démontrer que la construction d’une piscine n’est peut-être que l’expression d’un pessimisme ambiant…

manifestation justice pour le climat
Photo by Niekverlaan – Pixabay

 

Le FN a t-il les sympathisants qu’il mérite ?

Misogynes, violents, sexistes, menaçants, abjects ?

On peut penser ce que l’on veut des Femen. On peut également penser ce que l’on veut du FN, du parti, de son orientation et de sa tête (englobant père, fille, nièce et Saint-Philippot des médias). On peut penser d’ailleurs ce que l’on veut de ces mêmes médias, mais…


1er mai : quand les Femen s’invitent au défilé… par leparisien
 

« Tuez-la, tuez-la putain, salope, sale putain, au bucher… »

Très peu de mots dans les journaux sur ces insultes et menaces. Pour quelles raisons ? Parce que ces violences n’émanent ni de la tête du parti ni de son service d’ordre mais « juste » de sympathisants ?

Mais quand pour un parti politique l’avortement, qui reste une liberté pour la femme de disposer de son corps, n’est pas (plus) un droit fondamental mais se transforme en geste de « confort » . Quand la moitié de l’humanité est reléguée à un rôle domestique par une Marine Le Pen elle-même pour qui « le progrès pour les femmes, c’est de rester à la maison ». Quand au Parlement européen, la majorité des députés du FN vote contre un texte invitant à une place paritaire dans l’économie et le marché du travail (entre autres). Quand le spectre d’une politique nataliste (dixit Mme Le Pen) telle qu’elle fut mise en place sous vichy vient hanter une possible élection en 2017…

Ce parti-là a sans doute les sympathisants qu’il mérite.

Et contrairement aux idées si souvent véhiculées par l’extrême droite, les violences misogynes d’hier ne sont pas venues de l’autre, l’étranger (l’islamiste). Mais bien de son voisin, le « français de souche », celui qui vote FN et qui criait « tuez-la… »

Mesdames et messieurs les journalistes, il serait bon que les femmes s’en souviennent lors des élections en 2017 et en décembre 2015.

La compassion miroir

Réflexion d’un samedi où j’écris, puisque tel est mon métier et que cette activité se passe par moment difficilement d’une journée fut-elle de week-end. J’écris donc en ce samedi matin, tout en gardant un œil (par habitude) sur Twitter. Et soudain, alors que je me lance dans un court texte sur Erri de Luca, je me souviens de l’émoi causé par la plainte déposée contre lui il y a quelques semaines. Où est passé cet engouement ? Mais où sont passés ces twittos qui s’indignaient ? Est-ce que tout le monde s’en fout à présent que l’on a dit ce que l’on avait à en dire ?

 

Une petite recherche dans ma TL, puis sur les réseaux sociaux en général, ne me renvoie qu’à cette « prière laïque »* dite par l’écrivain pour les migrants morts en méditerranée. D’ailleurs oui, qui parle encore de Lampedusa sur ma TimeLine ? Hier et aujourd’hui : le Népal. Avant-hier : Serge Atlaoui. Il y a 3 mois : Charlie… On montre sa compassion (parfois son indignation) tous en chœur. Et puis on oublie. Ou c’est comme si…

 

Une « compassion miroir » qui ne dure bien souvent que le temps d’un retweet ou d’un j’aime…Et qui n’est finalement que la petite musique des réseaux « sociaux ». Reflets de notre société ? J’espère tant que non…

 

 

* « Notre mer qui n’est pas aux cieux,

Toi qui embrasses les confins de l’île et du monde.

Que ton sel soit béni,

Que tes fonds soient bénis.

Accueilles les embarcations bondées,

Sans aucune route au-dessus de tes vagues.

Pêcheurs sortis dans la nuit,

Leurs filets entre tes créatures qui reviennent au matin,

Avec la pêche des naufragés sauvés

 

Notre mer qui n’est pas aux cieux,

À l’aube tu es couleur de froment,

Au coucher du soleil couleur de vendanges.

Toi que nous avons semée de noyés,

Plus que n’importe quel temps de tempête.

 

Notre mer qui n’est pas aux cieux,

Tu es plus juste que la terre ferme.

Même quand tu soulèves des vagues en forme de murailles

Et que tu les abaisses en tapis.

Protège les vies, les vies tombées

Comme des feuilles dans une allée.

Soit pour elles un automne,

Une caresse, une étreinte, un baiser sur le front.

Soit leur père et mère, avant de partir. »

 

Voyage en Guadeloupe – Les Saintes

Dans le petit matin, nous nous pressons sur la marina de Saint-François. Certains jouent du coude pour être sûrs d’accéder au Graal : le pont supérieur. Nous partons pour une journée « aux îles ». La mer est d’huile, le temps, chiffon, semble toutefois nous promettre un grain durant ce voyage qui va durer près de deux heures.

Une fois la terre laissée au loin, le roulis fait peu à peu son œuvre. La centaine de passagers finit par se diviser en deux groupes bien distincts. Le premier regardant de biais (sans doute pour ne pas se faire voir) et avec un peu de condescendance (je l’avoue), les seconds qui, têtes penchées sur les sacs plastiques, tentent de réprimer leurs haut-le-coeur.

Il y a toujours une certaine jubilation à redécouvrir que l’on a le pied marin…

Il nous faudra presque une heure pour atteindre Marie-Galante qui sera pour nous un simple arrêt. Une heure durant laquelle résonnera dans ma tête la chanson des complices Souchon et Voulzy, me faisant songer que nous avons malheureusement bien les références de notre âge. Puis presque une heure encore pour rejoindre l’enclave bretonne des Antilles : l’archipel des Saintes. Nous voici à Terre-de-Haut, dans l’une des plus belles baies du monde. Le bateau vomit sa charge journalière de touristes qui se précipitent au cœur des ruelles pour louer un scooter ou une voiture électrique. Quelques courageux ou retardataires (puisque les autorités ont restreint, à raison, le nombre de scooters) se contenteront de leurs pieds pour visiter ce (petit) paradis.

Les Saintes sont en effet un territoire magique de par ses couleurs : bleu émeraude de la mer, vert pâle de la végétation et jaune-orangé et rouge des toits de tôle. Comme tous, nous découvrirons le plus haut point de l’ile : le morne du chameau, qui nous donnera vue sur la baie et ses bateaux. Et comme tous, nous découvrirons le fort Napoléon. Ce fort qui ne servit jamais en tant que fort défensif et qui ne passerait pas le tamis de la Cour des comptes s’il était construit aujourd’hui. Longtemps utilisé comme pénitencier il ne connut en effet aucun coup de canon puisque bâtit après la fin du conflit Franco-Anglais. Selon nos hôtes, l’intérieur et le petit musée qu’il contient n’ayant que peu d’intérêts, nous nous contenterons de faire le chemin de ronde (légèrement dangereux) et d’admirer la vue à 360° sur les iles des Saintes.

En repartant, 4 greluches filles dans une voiture électrique s’appliqueront à nous démontrer que la conduite sur route étroite et les cris de pintades sont indissociables pour une certaine partie de la population.

Après avoir ingurgité mangé un Agoulou, espèce d’hamburger composé de pain fourré de bœuf, saucisse, œuf, salade, tomates et emmental, proche de ce que ma grand-mère appelait étouffe-chrétien, la chaleur des Saintes semble encore plus difficile à supporter. C’est l’heure de la sieste et de la baignade. L’occasion également de constater que les jeunes Saintois font passer le temps à coup de rhum quand en métropole on lui préfère les prémix.

Le rhum est en effet présent partout et à toute heure en Guadeloupe et même dés les petits matins dans les bars sous la forme du « décollage » (le verre de rhum pris à jeun). C’est donc en rêvant d’un ti-punch désaltérant que nous reprendrons le bateau de 15h30 pour regagner Saint-François en plein cagnard (rappelez-vous le Graal du pont supérieur)…

Mairie Terre-de-Haut – Guadeloupe