Une application pour parler aux morts

C’est un article publié sur le site rue89 qui conte l’histoire de Roman le ressuscité. Roman Mazurenko est décédé en novembre 2015, mais sa meilleure amie Eugenia Kuyda continue à échanger avec lui par SMS… De quoi bouleverser notre vision universelle de la mort et du deuil. Et renforcer la méfiance que certains nourrissent à l’égard de l’intelligence artificielle.

Et le disparu devint un bot

Roman Mazurenko a été renversé par une voiture à Moscou par une froide journée de novembre 2015. Un drame pour sa famille et pour ses nombreux amis. La mort brutale d’un proche l’est toujours, l’immortalité n’étant pas encore à l’ordre du jour. Sauf lorsqu’une amie, peut-être plus proche et sans aucun doute plus technophile, décide de faire revivre le disparu au travers d’un bot.

Il faut dire qu’Eugenia Kuyda n’est pas seulement la meilleure amie de Roman, mais également la CEO de Luka Inc. Cette startup a lancé en février 2015 une application disponible sur IOS. @Luka vous permet, si vous êtes américain, de poser des questions existentielles (l’adresse d’un restaurant, le temps qu’il va faire…) à un bot. Ou simplement de perdre passer votre, temps en lui parlant de tout et de rien. Un « Allo » de Google avant l’heure.

Mais @Luka vous permet maintenant ce qu’Allo n’offre pas encore : la possibilité de parler (uniquement en Russe ou en américain) à un mort. Le bot @Roman a été conçu par les ingénieurs de la startup. Son réseau neuronal nourrit des milliers de messages que le jeune homme a envoyés à ses amis durant des années. Le bot a donc appris à « devenir » le défunt.  

L’intelligence artificielle pour vivre après la mort

Roman répond maintenant depuis l’au-delà à ses amis et à sa famille. Eugenia reconnait converser avec lui au moins une fois par semaine, parfois plus après des fêtes un peu arrosées. Et si elle avoue que quelquefois, l’avatar numérique de Roman trébuche ou dit des choses insensées, Eugenia sait que son @Roman n’est que le début. Le début d’une autre façon de lutter contre notre finitude et surtout, contre la plus difficile à accepter : celle de nos proches.

Aujourd’hui déjà, les réseaux sociaux, les messageries, les boites mails regorgent de morts. Demain, ceux-ci nous répondront, pleureront peut-être avec nous et continueront à nous aimer comme nous continuons à les aimer. Du moins il nous plaira de le croire.

Est-ce « flippant » comme le surtitre Rue89 ? Le spiritisme de Victor Hugo l’était pour Juliette Drouet qui écrivait à son compagnon « je sens que ce passe-temps a quelque chose de dangereux pour l’esprit » à propos des tables tournantes. @Roman et ses petits frères bots à venir seront-ils dangereux pour les nôtres ? Où permettront-ils tout simplement à l’homme du futur de « penser la mort », « cette folle entreprise condamnée à l’échec » selon Jankélévitch ?

Pour aller plus loin : l’article de The Verge