Marcher dans les embruns (sur les chemins de Bréhat)

Ne mentons pas, même en prenant le tout premier bateau (8 h 30), il semblerait que Bréhat en août, ou du moins ses sentiers, ressemble — pour certaines parties — à un couloir de métro aux heures de pointe.

Malgré tout, marcher sur les chemins de Bréhat reste l’expérience dépaysante que l’on espérait… A condition de choisir son itinéraire. Ou plutôt de ne pas choisir, mais de flâner au plus près de la côte, au plus proche des embruns.

À condition de prendre le contrepied du flot de visiteurs que déverse la navette à Port Clos. Et de faire sien l’adage de R.L. Stevenson qui veut que la destination ne soit pas l’important.

Parce que l’on veut bien faire les touristes (puisque l’on en est), mais point trop n’en faut, lâcher les sentiers principaux, et les marcheurs en tongs, smartphones à la main (et parfois à l’oreille, nous faisant penser que même ici, ce cordon ombilical ne peut être coupé), et prendre les chemins indiqués sur le plan en pointillés.

On n’évitera pas la foule sur les P.I. (entendons Point d’Intérêt), mais nous cheminerons durant un temps comme si nous étions presque seuls, croisant de temps en temps quelques marcheurs ayant décidé comme nous de prendre les chemins de traverse-en-pointillés.

Et lorsque les embruns se transformeront en crachins puis en pluie, les capuches, chapeaux, et visages baissés (pour éviter la pluie) nous dispenseront même du « bonjour » requis entre vrais randonneurs*.

Marcher jusqu’à ne plus penser…

Panorama Île de Bréhat

 

* Le « véritable randonneur » se reconnait à son « bonjour », mais également à son équipement (chaussures de marche, sac à dos), et à son rythme de marche résolu qui imprime presque définitivement ses pas, là où il chemine.

Orly, voyage assis

S’asseoir. Regarder les gens qui s’en vont. Les étreintes, les gestes tendres, les regards. La main ridée qui frôle la nacre de la joue de l’enfant, l’accolade virile des mains qui frappent les épaules, les bouches amoureuses qui s’attachent et s’interrogent : dis-moi, quand reviendras-tu ? Me reviendras-tu ?

S’asseoir. Regarder les gens qui reviennent. Les lunettes noires qui rongent le visage fatigué. Le foulard pour se préserver du froid (du pays ou de la clim de l’avion ?). Le bagage à main tiré d’un air las d’être déjà là, de retour, ou guilleret d’être arrivé enfin, à la fin du voyage. Les couleurs, rouges, brunes, des peaux gorgées de soleil.

Où vont-ils, d’où viennent-ils, ces voyageurs qui se croisent sans se voir ? Qui sont-ils ces amoureux qui se séparent ? Se retrouvent ? Quels pays, quelles villes, quels amis, quels amants ont-ils quittés ? Vont-ils revoir ?

S’asseoir à Orly. Regarder, imaginer, et déjà voyager.

Airport by Unsplash – Pixabay CC0

 

Voyage en Guadeloupe – Les Saintes

Dans le petit matin, nous nous pressons sur la marina de Saint-François. Certains jouent du coude pour être sûrs d’accéder au Graal : le pont supérieur. Nous partons pour une journée « aux îles ». La mer est d’huile, le temps, chiffon, semble toutefois nous promettre un grain durant ce voyage qui va durer près de deux heures.

Une fois la terre laissée au loin, le roulis fait peu à peu son œuvre. La centaine de passagers finit par se diviser en deux groupes bien distincts. Le premier regardant de biais (sans doute pour ne pas se faire voir) et avec un peu de condescendance (je l’avoue), les seconds qui, têtes penchées sur les sacs plastiques, tentent de réprimer leurs haut-le-coeur.

Il y a toujours une certaine jubilation à redécouvrir que l’on a le pied marin…

Il nous faudra presque une heure pour atteindre Marie-Galante qui sera pour nous un simple arrêt. Une heure durant laquelle résonnera dans ma tête la chanson des complices Souchon et Voulzy, me faisant songer que nous avons malheureusement bien les références de notre âge. Puis presque une heure encore pour rejoindre l’enclave bretonne des Antilles : l’archipel des Saintes. Nous voici à Terre-de-Haut, dans l’une des plus belles baies du monde. Le bateau vomit sa charge journalière de touristes qui se précipitent au cœur des ruelles pour louer un scooter ou une voiture électrique. Quelques courageux ou retardataires (puisque les autorités ont restreint, à raison, le nombre de scooters) se contenteront de leurs pieds pour visiter ce (petit) paradis.

Les Saintes sont en effet un territoire magique de par ses couleurs : bleu émeraude de la mer, vert pâle de la végétation et jaune-orangé et rouge des toits de tôle. Comme tous, nous découvrirons le plus haut point de l’ile : le morne du chameau, qui nous donnera vue sur la baie et ses bateaux. Et comme tous, nous découvrirons le fort Napoléon. Ce fort qui ne servit jamais en tant que fort défensif et qui ne passerait pas le tamis de la Cour des comptes s’il était construit aujourd’hui. Longtemps utilisé comme pénitencier il ne connut en effet aucun coup de canon puisque bâtit après la fin du conflit Franco-Anglais. Selon nos hôtes, l’intérieur et le petit musée qu’il contient n’ayant que peu d’intérêts, nous nous contenterons de faire le chemin de ronde (légèrement dangereux) et d’admirer la vue à 360° sur les iles des Saintes.

En repartant, 4 greluches filles dans une voiture électrique s’appliqueront à nous démontrer que la conduite sur route étroite et les cris de pintades sont indissociables pour une certaine partie de la population.

Après avoir ingurgité mangé un Agoulou, espèce d’hamburger composé de pain fourré de bœuf, saucisse, œuf, salade, tomates et emmental, proche de ce que ma grand-mère appelait étouffe-chrétien, la chaleur des Saintes semble encore plus difficile à supporter. C’est l’heure de la sieste et de la baignade. L’occasion également de constater que les jeunes Saintois font passer le temps à coup de rhum quand en métropole on lui préfère les prémix.

Le rhum est en effet présent partout et à toute heure en Guadeloupe et même dés les petits matins dans les bars sous la forme du « décollage » (le verre de rhum pris à jeun). C’est donc en rêvant d’un ti-punch désaltérant que nous reprendrons le bateau de 15h30 pour regagner Saint-François en plein cagnard (rappelez-vous le Graal du pont supérieur)…

Mairie Terre-de-Haut – Guadeloupe