Dumping sur les tarifs des rédacteurs web

Xpression-ecrite reçoit depuis quelques jours plusieurs visites en direct de Madagascar d’internautes se renseignant sur les tarifs de rédaction web. En cause sans doute, plusieurs offres d’emplois récentes pour des postes de rédacteur web d’une société offshore sur le marché malgache.

Ces visites m’enchantent puisqu’elles me permettent de me fendre d’un billet sur le dumping qui envahit de plus en plus le marché de la rédaction web.

 

Le dumping en rédaction web

Les rédacteurs malgaches sont souvent désignés comme en partie responsables de la dégradation du marché de la rédaction web*. Travail bâclé, prix beaucoup trop bas, rythme de travail digne de Stakhanov et j’en passe…

Nous autres, rédacteurs français, nous avons bien entendu le droit (voir le devoir) de nous élever contre les prix et les pratiques des rédacteurs et sociétés offshore en arguant de la piètre qualité de leur travail. Ces pratiques et ces prix dévalorisent en effet notre travail et mettent en danger l’activité de bon nombre d’entre nous. Mais ne nous y trompons pas, il y a d’excellents rédacteurs dans la société malgache. Tout comme il y a de très mauvais rédacteurs en France. La seule différence, c’est qu’à travail égal le bon rédacteur malgache (et même tunisien) facturera toujours moins cher que le mauvais rédacteur français.

Mettre en cause la qualité de la rédaction offshore ne suffit donc pas : si la qualité n’est pas toujours présente, c’est aussi en partie parce que les rédacteurs ne peuvent prendre le temps de rédiger de bons articles. Lorsque l’on doit rédiger au moins 2000 mots par jour pour se nourrir, ce n’est en effet surement pas la qualité qui prime.

Une nuit

 

Quand la demande de rédaction web surfe sur la crise

Selon les chiffres les plus récents de la banque mondiale, 92,6 % des Malgaches vivaient avec moins de 2$/jour en 2010. En 2012, le salaire moyen d’embauche d’un jeune diplômé (licence, Master I, Master II) s’élevait à 300 000 Ar (soit moins de 100 euros actuellement).

Les personnes qui se tournent vers le métier de rédacteur web à Madagascar sont donc dans une logique qui tient plus de la survie que d’une reconnaissance de la vraie valeur de leur travail. Pourtant selon le blogueur Rakotomandiby Mihamina, le cout de la vie à Madagascar est beaucoup plus élevé qu’en France (en valeur absolue)**. Rien ne justifie alors que les rédacteurs malgaches acceptent de travailler pour un salaire qui ne permettrait même pas à un mauvais rédacteur de vivre en France (4,5 euros les 300 mots par exemple).

Quelles solutions pour les rédacteurs web français ?

  • Se cotiser pour offrir à Arnaud Montebourg une marinière avec l’inscription « Pour votre rédaction web : achetez français ! »
  • Attendre que les sociétés de rédaction offshores pensent développement durable et économie responsable (ce qui signifierait pour beaucoup d’entre elles la fin de l’activité).
  • Espérer que Google, Yahoo et autres moteurs deviennent réellement intelligents et pourquoi pas un brin « humain », et ne référencent que les articles payés au juste prix.
  • Croiser les doigts (très fort) pour que les responsables de sites francophones prennent enfin la mesure du travail fourni pour obtenir une bonne rédaction (autant en termes de référencement que de captation de l’intérêt de l’internaute)

Mais plus sérieusement :

Continuez à rappeler sur nos blogs, dans les forums de discussions et partout où nous le pouvons, les prix moyens de la rédaction web en France. Cette solution n’empêche nullement que les « vazahas » recrutent dans des pays francophones ou la misère et la crise économique leur donne une excuse pour faire n’importe quoi. Cela n’empêche pas non plus que les rédacteurs freelances de ces mêmes régions misérables continuent d’envahir le marché francophone avec des prix trop bas. Ni que des clients profitent de ces prix pour obtenir du contenu à moindres frais.

Mais cela permet de temps en temps d’élever quelques consciences, tant du côté des donneurs d’ordres que du côté des rédacteurs suscités (pour les sociétés offshores : je me fais moins d’illusions).

La seconde solution passe à mon avis, par une spécialisation de chacun/chacune d’entre nous. Le Google Author Rank mais également l’envie de plus en plus présente et bien naturelle de tout internaute d’accéder à un contenu à forte valeur ajoutée vont de toute façon dans ce sens. Offrir une rédaction de qualité, sur un ou des sujets que l’on maitrise, augmentera la qualité moyenne des contenus web et permettra de lutter en partie contre ce dumping.

Texte

 

*Je parle ici de Madagascar puisque les visites viennent de ce pays, mais d’autres pays/région du monde francophone sont bien entendu concernés.

**Sur le forum Expat, une moyenne de 1200 euros pour une famille de 3 personnes semble toutefois la norme.

Pour aller plus loin : http://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2013/06/05/madagascar-measuring-the-impact-of-the-political-crisis

 

 

5 thoughts on “Dumping sur les tarifs des rédacteurs web

  1. Pourquoi le dumping offshore?
    Je suis Tantely. Sous ce nom exotique se cache une rédactrice malgache, active dans le domaine depuis 3 ans déjà. Je suis tout à fait d’accord avec vous sur tous les points. Moi-même, j’essaie tant bien que mal de revaloriser ce métier en essayant toujours de trouver les mots justes et de rédiger dans une qualité optimale. Il existe quand même des éléments qui me freinent dans cet objectif.
    Ne nous blâmez pas de vouloir envahir ce marché à tout prix en tant que freelance. Je possède un diplôme de Master I en Communication médiatique et je vous jure que je ne mettrai jamais les pieds dans une agence web locale pour y devenir une rédactrice. Le salaire de misère que ce genre de société propose m’écoeure et personnellement, je ne pourrais jamais vivre avec seulement 75 euros par mois. Beaucoup pensent comme moi, mais seuls ceux qui ont la possibilité d’avoir Internet à la maison (pour un coût mensuel de 50 euros et un abonnement annuel obligatoire) arrivent à se défaire de ces agences. La grande majorité des rédacteurs locaux ne peuvent pas se payer un tel luxe et n’osent pas les quitter. En outre, elles demandent toujours que l’on écrive encore plus et plus vite pour arriver à une production quotidienne de 5 000 mots (vous imaginez un peu???). Je ne pourrais jamais atteindre un tel quota.
    Je viens juste d’essayer de m’inscrire dans une plateforme française qui prône la qualité à un tarif juste. J’étais un peu surprise de voir qu’après le remplissage du formulaire d’inscription, le site me dit que mon accès est refusé. Je comprends pourquoi d’ailleurs quand je vois à quel point les rédacteurs natifs et africains sont en concurrence. On nous fustige toujours de produire un travail de piètre qualité avec des prix très faibles. Il y a du vrai dans tout cela, car oui nos tarifs sont nettement inférieurs aux vôtres. La qualité en pâtit souvent à cause de la production moyenne qu’on attend de nous. Beaucoup acceptent de toucher 1 euro pour un article d’une demi-page. Vous serez étonné de savoir combien des prospects ont refusé de m’embaucher, car mes tarifs sont soi-disant beaucoup trop chers comparés à ceux de mes compères et tout le bla-bla sur la différence économique entre la France et Madagascar. Ils ne comprennent vraiment pas que je fais ce travail pour vivre et non pour survivre. Mentionner un tarif plus élevé correspondrait à signer l’arrêt de mort de mon travail, car personne ne va plus me recruter.
    Je ne peux pas dire que je n’ai pas le choix, car j’ai bien choisi la voie de la rédaction web et du travail à domicile. J’ai aussi choisi d’afficher ce tarif, même s’il est plus élevé que celui des rédacteurs et agences web malgaches en général. Pourtant, parfois je ne l’ai plus quand je vois que la concurrence est trop forte et qu’il faut quand même que j’arrive à payer toutes mes dépenses régulières (électricité, abonnement Internet, etc.). J’ai été plusieurs fois obligé d’accepter une rémunération encore plus basse pour les payer. À force de valider des telles commandes, on finit par croire qu’elles constituent la norme. Cependant, je continue de me battre à ma manière contre ce fameux « dumping offshore », que tout le monde qualifie d’avoir été créé par nous les Rédacteurs malgaches.

    1. Bonjour Tantely
      Je suis heureuse de vous accueillir sur ce blog et encore plus d’y lire enfin une réaction d’une rédactrice « offshore ». Merci tout d’abord pour ce commentaire très détaillé qui permet d’avoir une vue plus précise des conditions de travail de ceux que beaucoup accusent de plomber le marché.
      Loin de moi l’idée de vous blâmer vous ou vos confrères et consœurs, bien au contraire. Je vous considère au même titre que les rédacteurs français (si ce n’est plus), victimes de ce dumping. Le paradoxe est tout de même que chacun de notre côté (rédacteurs Français/rédacteurs offshores), nous devons de plus en plus nous battre pour vivre de ce métier.
      Il faudrait bien évidemment toujours refuser les contrats qui mettent en danger notre activité mais les choses ne sont pas si simples. Sans doute faut-il que le marché se régule, que la qualité prime réellement sur la quantité pour voir un jour disparaitre les offres et les demandes à prix indécents…
      Je me suis permis d’éditer votre commentaire pour y effacer vos prix… la concurrence commence ainsi malheureusement…
      Je vous souhaite réellement bon courage !!!

  2. Moi je m’appelle Fassia. Je suis aussi rédactrice web francophone offshore de Madagascar depuis trois ans de cela. L’offshoring a ses avantages, c’est de traiter des articles à des prix plus compétitifs que les rédacteurs Français, tel est aussi le cas de Tunisie, de Maroc.Malheureusement, ce sont les Français qui se sont implantées à Madagascar et ont créé des plateformes de rédaction, qui ont véhiculé qu’il est possible d’exiger une forte production avec un salaire de misère aux rédacteurs malgaches au détriment de la qualité. Et même si le rédacteur web malgache freelance comme moi défend que le métier de rédacteur web est un métier exigeant une certaine liberté en timing et doit être payé à sa juste valeur car toute une énergie de matière grise est dépensée derrière, les porteurs de projets prônent le tarif très low cost pour l’octroi de projets et après ils diffusent sur tous les blogs que les rédacteurs malgaches ne sont pas à la hauteur.

  3. Bonjour,
    Je m’appelle Mirana, rédactrice web à Madagascar depuis plus de quatre ans! À Madagascar;il y a de bons rédacteurs qui veulent faire de leur mieux pour valoriser le travail. Certes les prix en agences sont trop bas, et parfois on a tendance à les blâmer, sauf que beaucoup de clients français ont l’audace de,proposer un salaire de misère comme 200 euros par mois pour plus de 10 textes de 500 mots par jour, en prétextant que la vie à Madagascar est simple. Sans compter que d’autres, avec le tarif très bas, osent encore vous dire que le travail n’est pas à la hauteur du salaire proposé et que le rédacteur doit réussir à livrer un nombre d’articles quasiment impossibles à réaliser en une journée, quitte à travailler presque 24h sur 24 pour un salaire de misère. Les agences doivent payer des impôts à l’État, et cela dépend désormais du nombre de machines installées dans le local, elles doivent aussi s’acquitter de l’électricité qui coûte une fortune, payer l’internet. En tant qu’entreprise, elles doivent verser des cotisations au nom de l’employé à l’État. Je ne citerais pas toutes les charges qu’une agence web doit s’acquitter, mais au final les dirigeants sont moins payés que ses propres salariés. Sans oublier qu’il y a des clients qui sont de vrais arnaqueurs, car une fois le travail terminé, ils disparaissent sans donner aucune nouvelle, sauf qu’on ne peut pas dire cela aux employés. Je suis dans le milieu et ce n’est pas la première fois que je perds de l’argent parce qu’un client français n’a pas payé le travail effectué. Peut-être que si vous, les Français, vous arriverez à admettre que nous aussi, les Malgaches nous vivons également, on a des charges à payer, et que vous évaluer le prix du travail que vous demander au prix juste, peut-être que ce phénomène de « dumping » disparaitra. Malgré cela, je continue de me battre pour revaloriser la situation des offshores à Madagascar en essayant de trouver le juste milieu pour tout le monde. J’admets qu’il y a vraiment des agences qui exploitent leurs salariés pour leurs propres profits, mais je peux vous assurer que ce n’est pas le cas de tout le monde. Il y a ceux qui proposent du bon travail en respectant les exigences du client et essayent d’offrir une condition de travail agréable, sauf qu’elles ne peuvent pas faire plus avec les salaires de misère que proposent les clients français.

    1. Bonjour Mirana,

      Plusieurs choses dans votre commentaire :

      Il me semble que si des clients « français » proposent des tarifs ridicules, c’est qu’il y a des personnes prêtes à travailler à ces tarifs. Malheureusement, à force de tirer les prix vers le bas, certaines agences off-shore ont ancré dans l’imaginaire de certains que la rédaction web ne valait pas grand-chose. De là, à penser que cela ne vaut même pas d’être payé, il n’y a qu’un pas que certains donneurs d’ordres franchissent allégrement et sans états d’âme une fois le travail rendu. D’autant plus lorsque la personne lésée réside à l’étranger et ne risque donc pas d’intenter une action en justice pour récupérer ses 3 francs 6 sous.

      Maintenant, que des « entreprises » (et je songe à d’autres mots pour nommer quelques « agences » qui emploient certains confrères et consoeurs rédacteurs dans votre pays) paient des charges : si c’est pour participer à l’essor d’un mouvement social, cela me semble tout à fait normal. J’en paie moi-même pas mal en passant. Le problème qui se pose actuellement dans votre pays n’étant pas les charges en elles-mêmes, mais bien une situation politique et démocratique malade et le doute que l’on peut avoir quant à l’utilisation de ces revenus.

      Quant à vous, il vous revient de fixer votre « juste » prix en tenant compte de vos charges et du salaire que vous « devriez » vous verser et que vous devez à vos employés. Et il vous revient également de droit de refuser les travaux sous-payés, même (et surtout) sous prétexte d’une vie plus « simple » à Madagascar.
      En effet, ce n’est pas à votre client de fixer les prix : il est le demandeur, vous lui offrez un service dont il a besoin et même s’il négocie, vous seule connaissez le seuil de rentabilité de votre entreprise.

      De toute façon, si vous offrez un travail de qualité, que vous soyez à Tunis, Madagascar ou Paris, vous trouverez des clients prêts à honorer vos factures. Cela demande juste un peu (beaucoup) de travail et beaucoup d’exigence(s). Je vous souhaite réellement de réussir à faire valoir vos droits et ceux de vos employés, Madagascar a besoin d’entreprises responsables face à tous ces requins qui profitent et ont trop profité de la misère ambiante…

      Mais j’ai déjà dit tout ça ici et ailleurs.

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