L’art du voyage

Je rêve d’une application. Un guide voyage qui n’en serait pas vraiment un. Un guide qui perdrait ses utilisateurs dans la ville ou la région pour laquelle ils l’ont téléchargée. Une application « Tourism and get lost » en quelque sorte. Qui aurait pour simple but de perdre en chemin le voyageur-visiteur. Pas forcément longtemps ou alors un temps défini par l’utilisateur lui-même.

Elle le perdrait dans les petites ruelles, sur les chemins sans balisages, les routes départementales bordées de poulaillers ou de bocages. Là où personne ne va. Là où aucun guide conventionnel n’envoie jamais parce que trop loin, trop pas ou pas assez si. Là où il suffit parfois de lever un peu les yeux du guide papier ou de l’écran pour découvrir une fenêtre, un clocher, un bâtiment atypique, une vue sur une vallée encaissée, un petit bourg déserté, un arbre tricentenaire, des murs de pierres sèches assemblées à la main… Des histoires, un passé, un présent, des vies. Ce qui fait la vie d’un lieu en somme.

Une appli qui nous obligerait à prendre le temps et à regarder (vraiment). Non pas ce que tout le monde voit, doit, ou veut voir (Tour-Eiffel, Big-Ben, Uxmal…). Non pas ce pour quoi tout le monde converge vers un lieu (ces bonnes ou mauvaises raisons d’aller là où là). Non pas la surface ou la première de couverture du guide, ce qui est bien (trop) visible parce que fait pour, ou devenu le produit d’appel d’une ville, d’une région, d’un pays.

Une application qui ferait également se rencontrer les gens, ceux qui se perdent entre eux ou avec ceux qui habitent et connaissent.

Plus j’écris pour le tourisme, plus j’y songe. Peut-être un peu par lassitude. Ou par envie de vacances, de voyages, de découvertes, d’intemporalité… Pour retrouver un peu, comme le décrit Thierry Paquot dans Le voyage contre le tourisme : « l’art du voyage ».

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